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jeudi 1 janvier 2015

Face à face : tous les Brora 30 ans officiels

Face à face : tous les Brora 30 ans officiels

Pour marquer le coup de l’année nouvelle, tous les blogs sur le whisky essaient de trouver un article qui sorte du lot. Que ce soit un whisky légendaire, un verdict sur l’année écoulée, des statistiques de fréquentation, ou encore des prédictions sur l’année à venir.

Pour ma part, j’ai voulu partager avec vous une expérience qui n’arrive qu’une fois dans une vie. Celle-ci le sera de façon sûre et certaine en ce qui me concerne. Plus jamais je n’aurai l’occasion de goûter tous les Brora 30 ans officiels lors d’une même session, pour les comparer à un même moment, dans les mêmes circonstances, les uns face aux autres.

Inutile d’encore présenter Brora, cette distillerie est devenue mythique. Les prix des bouteilles officielles (celles produites par Diageo) de Brora ayant atteint des montants inatteignables pour mon portefeuille, je sais que je ne pourrai plus jamais m’en offrir une. Jamais. C’est plié, c’est écrit dans le marbre, j’en ai fait mon deuil.

J’avais déjà eu l’occasion de goûter l’une ou l’autre release, mais séparément et pas toujours dans de bonnes conditions. Mais je caressais un rêve de plus grande envergure du bout des doigts : pouvoir tous les goûter ensemble, lors d’une même soirée.

Face à face : tous les Brora 30 ans officiels

Il m’aura fallu environ deux ans pour réunir les samples nécessaires à cette expérience. Impossible, bien évidemment, d’acheter une bouteille de chaque release. J’ai aussi voulu partager ce moment avec mes deux acolytes réguliers eux aussi amateurs de single malt. C’est une expérience, je trouve, qui est à partager avec des personnes qui pourront en tirer un plaisir à la hauteur de l’événement. En cette fin d’année 2014 (période festive s’il en est) nous nous sommes donc réunis, fébriles (enfin moi plus que certainement, en tout cas) pour vivre cette ‘’once in a lifetime experience’’.

Avant de débuter la séance de dégustation, et ayant déjà goûté des Brora officiels auparavant, je m’attendais à trouver certains marqueurs typiques de la distillerie ; comme une tourbe fermière, de la fumée et de l’iode par exemple. Je m’attendais aussi à (re)trouver une grande complexité et une grande finesse. C’est donc avec ces critères en tête que j’ai entamé la soirée (oui, on a pris une longue soirée pour aborder cet événement, ce genre de dégustation ne se faisant pas à la vas-vite).

Concernant le lineup, nous avons opté pour une progression chronologique ; le titrant en alcool étant assez proche d’un embouteillage à l’autre. Assez palabré, voici mon verdict personnel (et celui de mes acolytes en fin d’article). Accrochez-vous à vos chaussettes !

Face à face : tous les Brora 30 ans officiels
Brora 20 ans Chieftain’s, 06.1982 / 04.2003, Sherry Butt n°1191, 46%, 806 bouteilles

En starter, histoire de se mettre en bouche et de préparer nos papilles, nous avons commencé doucement avec un Brora réduit à 46%, non officiel. Un fond de bouteille que j’avais trouvé à Lille en septembre.

  • Nez : Epices piquantes. Sirop de poire salée. De la mandarine. Une brise côtière vanillée.
  • Bouche : Fondue, pas facile de décortiquer les saveurs. Bouche un peu molle (surtout comparée au nez), aqueuse.
  • Finale : Sur la poire salée.
  • Verdict : Ce Brora ressemble plus à un fût de bourbon qu’à un fût de sherry, et est plus proche de Clynelish que de Brora. Se laisse néanmoins facilement boire.
  • 87/100.
Face à face : tous les Brora 30 ans officiels

Les plats de résistance : Passons maintenant à tous les Brora 30 ans d’âge, de la première à la 9ème release. La 7ème release est absente de la liste, car il s’agit d’un 25 ans et non d’un 30 ans.

Brora 30 ans, 1st Release (2002), 52.4%, 3000 bouteilles
  • Nez : De la fumée de paille sèche. Compote et confiture de fruits blancs caramélisés. La fumée s’estompe avec l’aération, et le nez devient très subtil. Epices douces.
  • Bouche : Rhooo quoi ! Hyper fondue. Cendres froides, sirop de fruits. Une salinité.
  • Finale : Salée, épices douces, fumée cendrée légèrement mentholée.
  • Verdict : Pas fortement fermier, mais hyper bon. Ca envoie du lourd dès le début de la session.
  • 91/100.
Brora 30 ans, 2nd Release (2003), 55.7%, 3000 bouteilles
  • Nez : Très fermier sur la bouse de vache, de la boue mélangée à de la paille. Fumée sèche. Difficile d’aller chercher les fruits, sur celui-ci. Foin sec et épices poivrées.
  • Bouche : Suave et fondue. Vanille et paille sèche. Fruits jaunes compotés, explosion poivrée.
  • Finale : Longue. Nous sommes toujours dans une étable. De la réglisse et de la paille sèche.
  • Verdict : Nez évolutif et complexe à l’extrême. ‘’Fetchez la vache !’’ pourrait résumer ce Brora, très très fermier. Meuh.
  • 93/100.
Brora 30 ans, 3rd Release (2004), 56.6%, 3000 bouteilles
  • Nez : Nez cireux, herbacé. Sirop et compote de miel. Très légère fumée cendrée. Des épices douces. Le nez se développe bien avec le temps.
  • Bouche : Sève d’arbre, sirop de fruits blancs.
  • Finale : Cendre, légère fumée très poivrée. Clou de girofle.
  • Verdict : Plus linéaire et moins typique. Il m’a franchement laissé sur ma faim.
  • 89/100.
Brora 30 ans, 4th Release (2005), 56.3%, 3000 bouteilles
  • Nez : Très fermier, boueux. De la paille et du poil de bétail mouillé. Du foin par la suite.
  • Bouche : Très fruité en entrée de bouche, du sirop qui coule tout seul. De la cire. Texture huileuse et grasse. Touches herbacées.
  • Finale : Du sel marin surtout, le reste se sent moins. Un coup de moulin à poivre. Cette finale devient plus ronde après quelques gorgées.
  • Verdict : Ca commence à devenir difficile de trouver quelque chose de particulier en verdict… C’est bon, quoi !
  • 93/100.
Brora 30 ans, 5th Release (2006), 55.7%, 2130 bouteilles
  • Nez : Très proche du 2003, très fermier au premier abord. Cette couche fermière se calme un peu pour révéler, là-bas loin dans le fond, des fleurs (bleues) de clairière. Du miel enrobe tout ça.
  • Bouche : Fondue, fermière et herbacée, florale, et fruitée. Douceur vanillée au milieu de tout ça.
  • Finale : Très longue. Légère iode, tourbe fermière, fumée cendrée. Une goutte de citron.
  • Verdict : Oufti ! Tout y est ! Rien ne manque ! Parfait.
  • 94/100.
Brora 30 ans, 6th Release (2007), 55.7%, 2958 bouteilles
  • Nez : La tourbe fermière est présente, et des vagues herbacées se placent en avant. Après aération, le miel vanillé s’insinue. De la poussière terreuse.
  • Bouche : Linéaire, et plus monolithique que les autres. Plus facile d’accès et à boire (attention, dans le contexte Brora, hein). Une salinité apparaît.
  • Finale : Longue. Salinité persistante. Légère amertume de zeste d’agrume.
  • Verdict : Le plus accessible, jusqu’ici.
  • 90/100.
Brora 30 ans, 8th Release (2009), 53.2%, 2652 bouteilles
  • Nez : Du malt, des céréales au miel, une brise côtière. Pas de tourbe fermière. Cireux. Traces herbacées au loin. Me fait plus penser à un Clynelish qu’à un Brora.
  • Bouche : Du miel, de la cire. Fruitée et iodée.
  • Finale : Sur le miel salé.
  • Verdict : En aveugle, j’aurais misé sur un Clynelish et pas sur un Brora. Pas de tourbe fermière dans celui-ci, mais tous les marqueurs d’un (très bon) Clynelish.
  • 90/100.
Face à face : tous les Brora 30 ans officiels
Brora 30 ans, 9th Release (2010), 54.3%, 3000 bouteilles
  • Nez : De la tourbe fermière caramélisée, du miel, du sirop de fruits. Des fleurs séchées.
  • Bouche : Très ronde, du sirop de poire. Légère fumée.
  • Finale : Tout aussi douce sur le sirop de fruits. Du poivre et de l’iode. Très légère fumée.
  • Verdict : Aussi un hybride entre Clynelish et Brora, mais plus du côté de Brora cette fois-ci.
  • 92/100.
Verdict général :

Mon tiercé personnel a été le 5th Release (2006), 4th Release (2005), et 2nd Release (2003). Mes deux acolytes se sont rencontrés sur un tiercé identique sur le 2nd Release (2003), 6th Release (2007), et 9th Release (2010).

Ouf ! Quelle expérience ! Incroyable ! Il a été très intéressant de se rendre compte des différences (notables) entre les releases ; différences qui ne seraient probablement pas aussi définissables en les goûtant des jours / semaines / mois / ou même années d’écart.

Merci à tous ceux (ils se reconnaîtront) qui m’ont permis de réunir les samples nécessaires ! \o/

Nous pouvons à présent aborder 2015 de façon plus conventionnelle, avec des whiskies plus abordables financièrement et encore disponibles dans le commerce. Je vous souhaite une excellente année 2015, pleine de drams qui vont donneront des frissons de plaisir.

jeudi 27 juin 2013

Focus sur la distillerie Clynelish (et Brora par extension)

Focus sur la distillerie Clynelish (et Brora par extension)

Maintenant que vous avez acheté votre première bouteille de single malt, le Clynelish 14 ans (voir billet précédent), vous vous demandez quel patrimoine se cache derrière le délicieux dram que vous dégustez.

Un cours d’histoire s’impose ; et je vous en proposerai régulièrement sur différentes distilleries…

La distillerie Clynelish fut fondée dans le village de Brora (Nord de l’Ecosse, région des Highlands) en 1819 par le Duc de Sutherland pour relancer l’économie locale.

Au cours du temps Clynelish passe dans les mains de plusieurs propriétaires, pour finalement arriver en 1930 dans le giron de la DCL (Distillers Company Limited) qui fut ensuite absorbée par le géant Diageo.

Dans les années 60, la demande en whisky devient tellement énorme qu’une seconde distillerie, la New Clynelish, permettant une plus grande production, est construite à côté de la première. Elle sera opérationnelle en 1967, alors que l’ancienne est fermée de 1968 à 1975.

A partir de 1975 la Old et la New Clynelish produisent de concert. La même année, la Old Clynelish est rebaptisée Brora et la New Clynelish devient simplement Clynelish.

La grande majorité de la production de deux distilleries étant destinée au marché du blend (Johnny Walker), et comme le whisky de Brora est plus lourd et plus tourbé (et convient donc moins à la revente pour le blend) que celui de Clynelish ; la décision est prise en 1983 de fermer définitivement Brora. Seuls les entrepôts de Brora sont encore utilisés par Clynelish aujourd’hui.

Si Brora est entré au panthéon des distilleries disparues, Clynelish est bien active et produit 3.500.000 litres d’alcool par an.

Sa production continue d’être principalement destinée au marché du blend. Seuls 3 embouteillages officiels de single malt sont proposés : le 14 ans, le Distillers Edition (finish Oloroso), et le 12 ans Friends of the Classic Malts.

Mais comme le goût du whisky doit toujours rester identique pour être accepté par le marché du blend, et que des variations de saveurs sont inévitables ; beaucoup de fûts de chez Clynelish non acceptables pour le blend sont revendus aux embouteilleurs indépendants. Il existe donc une multitude d’embouteillages indépendants Clynelish et chaque année il en sort une quantité conséquente.

Localisation du village de Brora

Localisation du village de Brora

samedi 22 juin 2013

Les distilleries (mythiques) fermées

Les distilleries (mythiques) fermées

Comme expliqué dans un précédent billet, il y a beaucoup de distilleries en Écosse. Et jadis il y en avait encore plus, certaines ayant fermé.

Parmi ces distilleries fermées, certaines sont devenues mythiques aux yeux des amateurs de single malt. Mais remettons nous d’abord dans le contexte de l’époque…

Au début des années 80, le marché du single malt est quasi inexistant. Les distilleries ne produisent essentiellement que pour le marché du blend : elles revendent toute leur production aux blenders (Johnny Walker, J&B, etc) qui mélangent des whiskies de distilleries différentes pour faire leur blend au goût lisse et passe partout.

Dans les années 80, une crise frappe aussi le marché du whisky. La demande s’effondre, la production étant alors beaucoup trop importante par rapport à cette demande.

Certaines distilleries (soit qui produisent un whisky ayant un goût trop typique pour être revendu pour le marché du blend, soit qui n’arrivent plus à vendre leur surplus de production) perdent leur rentabilité. Et comme pour toute société commerciale, si la rentabilité n’est plus là, la distillerie n’est plus viable et ferme.

Ce n’est que plus tard que le marché du single malt se développe et que les amateurs de goûts typiques et variés commencent à rechercher ces différences que le blend ne propose pas.

Une distillerie fermée ne veut pas dire que sa production a été détruite. Quand le marché du single malt se développe, les fûts de ces distilleries fermées refont surface et des bouteilles (qu’elles soient officielles, proposées par le groupe industriel auquel appartenait la distillerie fermée ; ou indépendantes en raison du rachat de fûts lors de la fermeture de la distillerie) apparaissent sur le marché. Bien évidemment, les amateurs s’arrachent alors ces bouteilles (malgré leur prix élevé) puisqu’elles sont en quantité limitées et proposent généralement des goûts très typés et intéressants. Mais les embouteillages proposés de ces distilleries ne dureront pas éternellement, en raison des quantités limitées de fûts restant lors de la fermeture. C’est donc une course contre la montre qui s’ouvre pour les amateurs de single malt à la recherche de bouteilles d’exception.

Parmi ces distilleries ayant fermé, voici celles dont les bouteilles sont les plus recherchées par les amateurs de single malt :

- Brora (Highlands) : Fermée en 1983. Ha ! Clairement ma distillerie préférée, les embouteillages officiels proposés par Diageo (la maison mère) sont divins. Le dernier en date (sorti en 2012) est un 35 ans d’âge. Le filon est pratiquement épuisé, maintenant. Hors de prix, mais à goûter sans hésiter si vous en avez l’occasion.

- Port Ellen (Islay) : Fermée en 1983. La distillerie mythique de l’île d’Islay, les amateurs de single malt tourbé s’arrachent à prix d’or les rares bouteilles qui existent encore.

- Saint Magdalene (Lowland) : Fermée en 1983. Extrêmement difficile à trouver.

D’autres distilleries ont fermé, pour diverses raisons, plus tard que dans les années 80. Il est plus facile de trouver à l’heure actuelle des bouteilles (principalement d’embouteilleurs indépendants) de ces distilleries que de celles fermées dans les années 80. Et surtout à un prix beaucoup plus démocratique.

- Caperdonich (Speyside) : Mise en sommeil en 2002, finalement détruite en 2010. La distillerie BELGE The Belgian Owl, située près de Liège, a racheté les alambics de Caperdonich pour produire son single malt belge.

- Imperial (Speyside) : Mise en sommeil en 1998, démolie en 2005. Certaines bouteilles sont très intéressantes.

- Littlemill (Lowland) : Fermée en 1997, détruite par le feu en 2004. Si le whisky produit par Littlemill à l’époque était de qualité assez piètre, on peut trouver ces temps-ci assez bien d’embouteillages indépendants qui sont excellents.